Hommage à BOURNE Joseph - FO8AB

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Le Vendredi 23 septembre 2005, les radioamateurs de Polynésie ont accompagné leur doyen (101 ans), à sa dernière demeure.

Jo, comme l’appelaient ses amis, est « S.K », (en jargon de radioamateur : Silent Key, ou manipulateur silencieux), son « T.X » (poste émetteur récepteur) est éteint pour toujours.

En avril 1934, Joseph BOURNE crée le R.C.O (Radio Club Océanien), avec quelques « fanas » de la T.S.F. dont Alfred POROI et Georges BAMBRIDGE.

Cette association, une des plus anciennes du territoire, devait rendre d’appréciables services par la transmission de messages, et, durant la dernière guerre, par la diffusion d’informations, diffusions perçue dans les îles. Toute la Polynésie pouvait entendre, à cette époque, « Ici Papeete – Tahiti – station du Radio Club océanien », dans les deux langues, tahitienne et française.

En 1954, le territoire s’équipe d’une station de radiodiffusion publique, et à partir de ce moment-là, le R.C.O n’a plus besoin d’émettre pour le public. Qu’à cela ne tienne, quand on aime la radio, rien ne s’arrête. D’autres radioamateurs rejoignent Jo BOURNE : Victor POSTAIRE LE MARAIS et son fils Philippe, René DELAMARE.

Viennent alors s’ajouter des amateurs d’astronomie, tel Robert MARTIN et Maurice GRAINDORGE. De ce fait, avec l’apport des astronomes, le R.C.O devient C.O.R.A – Club Océanien de Radio et d’Astronomie. Joseph BOURNE était titulaire du second indicatif de licence, FO8AB, le premier, FO8AA ayant été attribué au C.O.R.A. Ce club comptera par la suite, jusqu’à environ 80 adhérents.

Jusqu’aux années 90, Joseph BOURNE faisait quelques Q.S.O (contact radio) et, toujours, pour expliquer, pour comparer, pour échanger, des informations et renseignements sur les essais, sur les matériels de radio de cette époque.

Il ne faut pas oublier que l’amateur radio d’alors passait plus de temps devant son établi, la scie ou la lime à la main, que devant les schémas des appareils qu’il avait décidé de réaliser. Certains composants étaient réalisés avec des tours de bijoutier lorsque l’O.M. était fortuné, ou sur de vieilles machines à coudre transformées lorsque son portefeuille n’était pas assez garni. Sur certaines revues de l’époque, on peut retrouver la recette pour fabriquer une triode : Comment prélever le filament d’une lampe d’éclairage, comment sertir ce filament sur des fils conducteurs dans des tubes à essais, comment monter la spirale métallique qui devait servir de grille, et comment installer tout ça dans le tube métallique qui allait être l’anode. On expliquait ensuite comment faire le vide dans l’ampoule en utilisant des tubes de verre et du mercure….. On peut trouver des « patrons » pour découper les lames de condensateur variable, et comment les monter sur un axe tournant sur des billes de roulement de bicyclette. C’était l’époque héroïque. L’amateur construisait entièrement son matériel, depuis l’antenne jusqu’à la prise de terre.

Jo BOURNE était de ceux-là.

Rappelons que c’est dans la nuit du 27 au 28 Novembre 1923, sur 100 mètres de longueur d’onde, c’est à dire sur environ 3.000 KiloHertz, que Léon DELOY, « 8.A.B. », installé à Nice, effectuait la première liaison radio intercontinentale bilatérale, la première dans l’Histoire de l’Humanité, avec Fred SCHNELL, « 1.M.O. », de HARTFORD, dans le Connecticut, aux Etats-Unis, sur une distance de 6.000 Kilomètres ! L’Océan Atlantique était vaincu par les radioamateurs !

Jo BOURNE était de ceux-là.

Jo BOURNE était l’un de ces pionniers qui ont œuvré pour les progrès de la T.S.F., ancêtre de l’électronique moderne, qui ont tant fait que le terme « amateur de radio », puis, « amateur radio », deux appellations qui pouvaient avoir un sens péjoratif, du moins aux yeux des profanes en la matière, que ces termes aient donné cette nouvelle appellation : « RADIOAMATEUR », (en un seul mot) qui désigne, à présent, ceux qui continuent, dans le silence et dans la modestie, à chercher, à chercher sans cesse.

Jo BOURNE était de ceux-là.

Aussi, nous adressons à Jo, F.O.8.A.B. , le message ultime des O.M.’s :

« And we shall Q.S.O. again in that land where signals never fade. » « Et nous nous contacterons à nouveau dans ce pays où il n’y a pas de fading.»
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